Les conséquences du Covid sur l’industrie aéronautique

Les conséquences de la crise sont sans appel pour le secteur aérien qui perd de l’altitude depuis plusieurs mois. Les compagnies aériennes ont vu leur trafic réduit à moins de 50%, principalement à cause des restrictions de déplacement auxquelles nous faisons face partout dans le monde.

Cela rejaillit aussi sur les emplois. L’industrie aéronautique française représente 300 000 postes. Depuis le Covid, on observe une baisse de charge de 30% soit 90 000 personnes. Certaines sociétés se retrouvent contraintes de recourir aux PSE (plan de sauvegarde de l’emploi). Une perte potentielle de 30 000 à 40 000 emplois n’est d’ailleurs pas exclue dans la profession sur les deux prochaines années.

Du côté d’Airbus, le CEO Guillaume Faury avait quant à lui annoncé mi-2020 que “la production et les livraisons seront inférieures de 40% à ce que nous avions initialement prévu” pour une période courant possiblement jusqu’à fin 2021. Dès le mois d’avril, la pandémie avait déjà forcé le constructeur à réduire sa production de 30%. Nombreuses sont les annulations et reports de commandes, ce qui entraîne un ralentissement de la cadence sur les lignes de production et d’assemblage.

Entre des avions cloués au sol et un trafic en chute libre qui entraînent des réductions drastiques de livraisons et de nombreuses annulations de commande, le secteur aéronautique fait définitivement face à un défi économique de grande ampleur. Il faudra certainement encore traverser quelques turbulences avant de retrouver la vitesse de croisière des années précédentes. Heureusement, des solutions se concrétisent pour tenter de redresser la filière.

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Des plans de mesures pour sauver le secteur

En Allemagne, un fond de stabilisation économique de 600 milliards d’euros a été mis en place afin d’offrir un soutien pour accélérer des projets de développement et de recherche, a annoncé Dirk Hoke, Président du BDLI (association allemande d’entreprises et d’institutions de l’industrie aérospatiale) et PDG d’Airbus Defence and Space.

Pour la France, le GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) a bâti avec l’État un plan de relance de la filière, avec notamment un investissement de la BPI. “On cherche à faire un fond qui soit capable de mobiliser entre 700 millions et 1 milliard d’euros” affirme Éric Trappier, Président du GIFAS et PDG de Dassault Aviation.

Ce fond de mobilisation prévu par l’État permettra de consolider certaines sociétés et particulièrement les PME, afin de les préparer à la compétitivité à venir. Le CORAC (Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile) a mobilisé 1,5 milliard d’euros sur 3 ans de 2020 à 2022, dans lequel les PME françaises peuvent solliciter un soutien.

Ces mesures de soutien et d’accompagnement concernent d’une part, la préparation aux nouvelles technologies pour aider à effectuer sa transformation numérique, d’autre part l’anticipation des problématiques environnementales futures en amenant vers une aviation décarbonée et connectée.

À cela s’accompagnent des mesures immédiates comme le chômage partiel, qui est instauré depuis maintenant plusieurs mois, avec pour objectif de conserver autant que possible les compétences des acteurs du secteur et permettre de traverser la crise en minimisant les impacts.

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Une Supply Chain particulièrement exposée aux risques

Éric Trappier a également mis l’accent sur l’importance de la supply chain. “La grande difficulté de l’industrie aéronautique, c’est de sauver notre supply chain, faite d’équipementiers et de PME implantées partout dans le territoire” a-t-il rappelé lors du Paris Air Forum 2020.

Nous l’avons vu plus tôt, les ralentissements de la cadence sont conséquents, et les fournisseurs subissent fortement ces décélérations. La plupart avaient déjà investi pour préparer la montée en cadence pourtant attendue. Par exemple, en Juillet 2019, soit quelques mois à peine avant les débuts du Covid, Airbus et Safran annonçaient augmenter la production d’A320 à 65 par mois à l’horizon 2022, soit une hausse de 55% par rapport à 2015.

Face à ces anticipations passées brutalement à la baisse, certains fournisseurs se retrouvent donc avec une production largement surdimensionnée et un stock qui prendra du temps à se dissoudre. Leur équilibre financier est d’autant difficile du fait que la plupart de ces fournisseurs, et particulièrement ceux de rang 2 ou 3, sont essentiellement constitués d’entreprises de taille intermédiaire.

 

L’innovation : une arme décisive pour sortir de la crise

On observe que des pays comme les États-Unis ou la Chine ont eu une résilience rapide principalement car ils ont massivement investi dans les technologies. Si les entreprises espèrent pouvoir rester dans les écrans radar, elles doivent se préparer à affronter le marché qui refera surface dès la sortie de la crise mais également dès maintenant, encore au cœur de la pandémie.

Investir dans ces nouveaux outils est essentiel pour assurer sa compétitivité. “Le numérique est un levier absolument indispensable pour l’ensemble de la profession.” atteste Éric Trappier. Cette transition numérique ne doit pas venir uniquement par les grands groupes mais elle passe aussi par les PME. Les investissements prévus en France et en Europe sont pour ces derniers une excellente opportunité de trouver les ressources pour mettre activement en place cette digitalisation.

« La sortie de crise va se jouer par l’innovation » — Éric Trappier, Président du GIFAS et PDG de Dassault Aviation

Les crises mondiales comme la pandémie de Covid-19 sont certes difficilement prévisibles, mais les entreprises peuvent toutefois en réduire les impacts en investissant le plus tôt possible dans la résilience de leur supply chain.

En ayant de la visibilité sur ses prévisions, une entreprise pourra anticiper finement sa demande et ainsi facilement gagner en résilience. Des outils comme l’Intelligence Artificielle permettent de fiabiliser et stabiliser les résultats de ces prévisions. En y associant la notion de réseau et en intégrant l’ensemble des acteurs, il est possible d’améliorer davantage sa résilience en obtenant des résultats encore plus fiables ; indispensables dans cette période d’incertitude.

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