Le monde industriel traverse aujourd’hui des pénuries sans précédent. Métaux, plastiques, verre, matériaux de construction… La liste est longue. Alors que les entreprises se remettent à peine de la crise sanitaire, ces nouveaux bouleversements mettent à mal la relance économique du pays.

Olivier Douard, Délégué Technique chez UDIVP (Union des Installateurs de Verre Plat), nous livre son éclairage sur la conjoncture.

 

Flowlity: Quelle est la situation actuelle dans le verre et comment l’expliquez vous ?

Olivier Douard : C’est une pénurie qui touche toute la supply chain du bâtiment et qui provoque une hausse assez importante du prix des matières premières depuis le premier confinement. En tant que représentant de l’UDIVP, je vais me concentrer davantage sur le verre.

Cette hausse qui commence avec le covid s’explique d’une part par une hausse liée à l’insuffisance de l’offre par rapport à la demande : en mars 2020, plusieurs usines de float ont été mises en pause. En parallèle, la demande est restée importante et même croissante. Si ces floats ont aujourd’hui redémarré il faut savoir que le temps de chauffe est très long et les premières productions sont du calibrage. La mise en marche nécessite plusieurs semaines. Des semaines sans production donc.

Pendant ce temps, la demande court et l’offre ne peut suivre. Les chantiers prennent donc du retard.

 

Sur les verres feuilletés, s’ajoutent les évènements qui ont eu une incidence sur l’approvisionnement de films intercalaires. Nous avons donc eu des problématiques d’approvisionnement concomitant à une hausse des matières premières.

 

Est-ce une pénurie générale ?

Je ne pourrais m’avancer sur le monde et l’Europe mais c’est une pénurie nationale, c’est certain. Je n’ai pas eu d’échanges récents avec mes homologues étrangers mais il est fort probable que d’autres pays soient affectés.

On constate aujourd’hui que la plupart des producteurs adoptent la logique de la priorité nationale et il ne serait donc pas étonnant que d’autres marchés que le nôtres soient affectés.

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Quels sont les impacts pour les entreprises ? et comment y faire face ?

Nous avons eu de nombreuses réunions entre producteurs, syndicats et installateurs. Il y a eu des propositions de substitution de produit mais celles-ci ne conviennent pas aux référentiels normatifs.

Si on prend l’exemple du vitrage feuilleté, qui est un produit de sécurité, on ne peut pas le substituer facilement car nous avons un cahier des charges à respecter.

Les entreprises rencontrent également des défis en matière de délai d’approvisionnement. Les retards s’enchaînent et nous nous efforçons de sensibiliser les pouvoirs publics pour éviter toutes pénalités de retard pour ces entreprises.

 

Que manque-t-il aux entreprises pour s’en sortir ? Et comment faire ?

Ce qui manque aux entreprises c’est bien sûr les matériaux mais aussi une meilleure compréhension des donneurs d’ordres notamment publics pour bien saisir la réalité auxquelles sont confrontés les entreprises. Il faut éviter toutes pénalités pour protéger notre tissu économique.

Nous avons besoin de revenir à la normale notamment sur le sujet primordial des délais d’approvisionnement. Nous espérons que les choses reviendront dans l’ordre dans les mois à venir.

 

Comment se fait-il aujourd’hui que malgré la reprise de la production l’offre ne suive pas la demande ?

Il est possible que certaines entreprises jouent la prudence et sur-stockent, mais surtout le temps de mise en marche des fours a créé un décalage entre la reprise de la production et les premières livraisons.

Nous nous attendions à un marché ralenti en raison de la crise sanitaire, mais pas du tout :

Le marché est demandeur car il a évolué. Le tissu économique a évolué. Certaines entreprises ont fermé, d’autres ont été rachetées, d’autres ont profité du confinement pour lancer leurs travaux …

Tout ça fait que nos adhérents ne se plaignent pas de la demande et quelque part on peut s’en réjouir.

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Beaucoup de secteur confronté aux mêmes difficultés demandent plus de synchronisation, qu’en est-il du vôtre ?

Personne ne savait comment le marché allait évoluer. On s’attendait à une crise plus longue et finalement la reprise est là, inattendue et dure à anticiper. Personne n’aurait pu dire il y a un an que la demande allait être aussi importante : c’est pour cela que certains fournisseurs de verre se sont mis à l’arrêt.

Il y a eu là un défaut d’anticipation et de visibilité, mais rappelons que l’événement était absolument inattendu.

Je pense que le sujet est certainement le même pour les autres fabricants de matières premières.

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